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  Restauration du Fonds Joly-Normandin
 

 

Sommaire:

  • Restauration du fonds Joly-Normandin
  • Liste des films
  • Nadya Rohrbach, Memoriav

    Le centenaire de la première projection cinématographique en Suisse a été dignement fêté à Vevey grâce à la présentation en automne 1996 d'une série de films du tournant du siècle restaurés grâce aux crédits des "mesures d'urgence" de la Confédération attribués par Memoriav. Une quinzaine de ces films (Fonds Balissat, du nom de la personne qui les avait acquis à l'époque, qui contenait quelques films inconnus de Méliès) faisait partie des trente films découverts par hasard dans les dépôts du Musée suisse de l'appareil photographique à Vevey. Le public du 50ème Festival international du film de Locarno aura l'occasion de découvrir en avant-première le deuxième lot appelé Fonds Joly-Normandin, du nom de l'appareil qui a servi à leur prise de vue et à la projection. Le Fonds Joly-Normandin déposé à la Cinémathèque suisse de Lausanne a fait l'objet d'une première expertise par l'historien du cinéma Roland Cosandey et a été confié à un restaurateur (voir ci-dessous).
    En face d'une telle découverte les différents acteurs du drame - le découvreur, le dépositaire, l'historien, et les différentes institutions de soutien - se posent fatalement quelques questions. Ces films valent-ils la peine d'être conservés voire restaurés et si oui, par quels moyens, pour quel public et finalement dans quel but ?

    Il est difficile d'opérer une sélection lorsque l'on évoque les années inaugurales du 7ème art et que l'on sait que les bobines que l'on trouve au gré du hasard ne représentent que le 5 % de la production de l'époque. A titre d'exemple, les deux sujets identifiés comme étant suisses - et vaudois de surcroît - dans le Fonds Joly-Normandin viennent compléter la collection de films vaudois déposés à la Cinémathèque suisse qui ne comprend pour la période 1896-1910 que six autres sujets (5 films du catalogue Lumière suisse et 1 film sur la Fête des Vignerons de 1905)(1) .Contrairement à ce que l'on peut croire, la plus grande partie de la production cinématographique n'est pas constituée par des films de fiction, mais bien par du matériel documentaire, pédagogique et didactique voire publicitaire (films de Lavanchy-Clarke pour le savon Sunlight), sources que l'historien ne saurait négliger. Le Fonds Joly-Normandin est constitué d'un panachage de plusieurs genres à la mode à l'époque: événements, scènes comiques, sport, vie quotidienne, etc.

    Comment préserver un document cinématographique ?

    Le premier travail de l'historien est de procéder à l'identification du fonds. Il dispose pour cela de plusieurs outils. Dans le cas du Fonds Joly-Normandin (2) , il n'y avait pas de matériel d'accompagnement (correspondance, facture, descriptif, etc.). La Feuille d'avis de Vevey (8 octobre 1896) révèle que les premières projections cinématographiques de la ville de Vevey, qui eurent lieu du 7 au 21 octobre 1896, présentèrent neuf des sujets qui figurent dans le Fonds Joly-Normandin. Un premier visionnement des films permet de reconnaître sur l'un d'eux la caserne de la Pontaise à Lausanne. Grâce à une recherche parallèle dans la presse locale, on découvre que le bataillon 8 de Landwehr effectue un cours de répétition en automne 1896 à la Pontaise et qu'un film intitulé "le bataillon 8, en caserne de la Ponthaise [sic]" a été présenté à Vevey en octobre 1896. Voici le sujet et la date du film établis. Un autre moyen d'identification est de comparer les images avec d'autres films de la même période qui sont soigneusement documentés (par exemple le catalogue Lumière). On constate ainsi que certains sujets sont très à la mode et que les décors sont souvent identiques (plusieurs films sur le Jardin d'acclimatation de Paris, thème de l'arrivée d'un train en gare).

    Last but not least, le support fournit des renseignements précieux pour l'identification et la datation du fonds. Le caractère non standard de la pellicule du Fonds Joly-Normandin permet d'attribuer les films à la période pionnière du cinéma, période durant laquelle régnait une grande diversité de formats. Les recherches de Roland Cosandey ont montré que l'appareil utilisé pour les prises de vues devait être celui fabriqué par Henri-Joseph Joly et commercialisé avec son associé Eugène Normandin à la fin de 1896. La caméra sera baptisée Royal Biograph en 1897. En étudiant le brevet de l'appareil, Roland Cosandey a constaté qu'il pouvait également servir à la projection. Ces informations, fournies par le support viennent infirmer l'hypothèse selon laquelle les premières projections cinématographiques de Suisse après l'Exposition nationale aient été effectuées par les appareils Lumière.

    Une fois qu'un travail documentaire rigoureux a été effectué sur l'original le film peut être confié au technicien qui devra assurer la pérennité du document. Il s'agit la plupart du temps d'effectuer un transfert sur un support plus stable appelé copie de sécurité ou safety (transfert du nitrate de cellulose, inflammable et abandonné dans les années cinquante, sur un support en acétate de cellulose) (3). La restauration peut consister dans certains cas en une véritable reconstitution à partir de fragments d'une ou plusieurs copies du même film. L'original quant à lui ne sera en principe plus utilisé et devra être conservé dans des conditions qui ralentissent sa dégradation naturelle (température et humidité adéquate selon le support).

    Qui en profitera ?

    Un tel travail est tout d'abord destiné à la recherche. L'histoire du cinéma est une science en plein développement qui cherche à identifier ses sources, à élaborer une méthodologie, à créer ses outils. Les études esthétiques pratiquées par les premiers cinéphiles ont fait place à un éventail d'approches pluridisciplinaires qui apportent des éclairages nouveaux (4) . En Suisse il existe pour l'instant deux sections dédiées à l'histoire du cinéma au niveau académique. Il s'agit de la Section d'histoire du cinéma de l'Université de Lausanne et du Seminar für Filmwissenschaft de l'Université de Zürich. La recherche n'en est pas moins active dans les autres sections, principalement dans les facultés des Lettres (histoire, sociologie, littérature). Divers instituts participent concrètement à cet effort, notamment ceux destinés à l'étude des médias (Institut du journalisme à l'Université de Fribourg). Mentionnons encore le CHERSA (Centre d'historiographie et de recherche sur les sources audiovisuelles) qui a son siège à l'Université de Genève. Il existe ainsi plusieurs possibilités d'étudier le cinéma en tant que source ou en tant que phénomène économique et sociologique. Les films restaurés sont étudiés par les chercheurs au moyen de tables de visionnement qui permettent d'adapter la vitesse de défilement aux besoins. La Cinémathèque suisse est équipée de tels appareils. Les médiathèques plus modestes peuvent mettre les films à disposition des chercheurs sur un support vidéo. La documentation relative au support original est un complément appréciable lorsqu'elle existe. Les mesures de sauvegarde du patrimoine cinématographique touchent également le monde de l'enseignement, de la création artistique et le grand public. C'est en définitive ce dernier qui profitera de la cerise sur le gâteau en ayant le privilège d'assister à la projection des films, comme le public de la Piazza Grande durant le Festival de Locarno.

    Les sources audiovisuelles, les plus récentes dans l'histoire de l'humanité sont paradoxalement les plus menacées de disparition. C'est justement ce passé récent que l'on croit connaître parfaitement. Les souvenirs, les rumeurs, les extrapolations de conclusions tirées à partir d'événements actuels sont autant de facteurs d'altération de la vérité. Qui n'a jamais entendu le refrain "dans le temps, c'était pas comme ça, on faisait comme ci"? Le but de l'association Memoriav est de garantir l'accès de ce patrimoine audiovisuel au public afin que ce passé, pas si lointain que cela, puisse être restitué, dépouillé des clichés et erreurs de perception qui germent face au miroir déformant de nos certitudes contemporaines.

    Notes

    (1) Collectif, "Eléments d'inventaire 1896-1939". In Revue historique vaudoise. Limite non-frontière: aspects du cinéma dans le canton de Vaud. Société vaudoise d'histoire et d'archéologie. Lausanne. 1996. pp. 199-239.

    (2) Cosandey, Roland. Cinéma 1900. Trente films dans un carton à chaussures. Payot. Lausanne. 1996. pp. 20-25, 39-40, 48-69. Pour le travail d'identification du Fonds Joly-Normandin et sa description.

    (3) Junod, Jean-Blaise. "Conservation et restauration des films". in Musée Neuchâtelois. no 4/95. pp. 165-178.

    (4) Lagny, Michèle. De l'histoire du cinéma. Méthode historique et histoire du cinéma. Armand Colin. Paris. 1992. 298 p.

    Restauration du Fonds Joly-Normandin

    Hervé Dumont, directeur de la Cinémathèque suisse, membre du comité directeur de Memoriav

    Les 15 films du Fonds Joly-Normandin, d'une durée d'une minute chacun (à 16 images/seconde), sont des films nitrate positif 35mm non standard, c'est-à-dire qu'ils présentent 5 perforations par image (au lieu de 4) et possèdent donc des images parfaitement carrées.

    La Cinémathèque suisse, dépositaire du fonds, a mandaté Hermann Wetter (Effets spéciaux et techniques cinématographiques) à Genève, qui avait déjà restauré le Fond Balissat en 1996. Celui-ci a modifié ses machines en fonction de la perforation spéciale, mais a finalement renoncé à restaurer lui-même le lot, à cause de la trop grande fragilité de la pellicule (plus mince que celle du Fonds Balissat).

    Sur recommandation de Gian Luca Farinelli (Cinémathèque de Bologne), Hermann Wetter a confié le travail au laboratoire spécialisé "Image Creations" à Amsterdam. Hermann Wetter a préalablement procédé au nettoyage (altérations de l'émulsion, saletés diverses) et à la réparation (nombreuses déchirures) image par image de la pellicule. A Amsterdam, les films n'ont pas été passés par une tireuse, dont la fenêtre aurait mutilé le format carré de l'image originelle. les images ont été refilmées une par une, ce qui a aussi permis d'éliminer l'instabilité de la caméra de l'époque: on a ainsi obtenu une plus grande fixité des images que lors des projection de 1896.

    Liste des films

    • 1. Arrivée d'un train en gare, Paris - Joly-Normandin, France, 1896
    • 2. Débarquement du Major-Davel, Ouchy, Lausanne - Suisse, 1896. Caméra Joly-Normandin, opérateur inconnu
    • 3. Au Jardin d'acclimatation, Paris, 1 - Joly-Normandin, France 1896
    • 4 Au Jardin d'acclimatation, Paris, 2 - Joly-Normandin, France 1896
    • 5. Prestidigitation de salon - Joly-Normandin, France, 1896
    • 6. Boxe française - Joly-Normandin, France, 1896
    • 7. Repas à la caserne - Copie A. Joly-Normandin, France, 1896
    • 8. Repas à la caserne - Copie B. Joly-Normandin, France
    • 9. Le bataillon 8 à la caserne de la Pontaise, Lausanne - Suisse, 1896. Caméra Joly-Normandin, opérateur inconnu
    • 10. Défilé militaire, Paris (?) - Joly-Normandin, France, 1896
    • 11. Cortège du tsar Nicolas II à Paris - Joly-Normandin, France, octobre 1896
    • 12. Nicolas II et la tsarine quittant le Panthéon - Joly-Normandin, France, 7 octobre 1896
    • 13. Le Livreur, le coursier et le petit ramoneur - Joly-Normandin, France, 1896
    • 14. Le cocher et le mauvais payeur - Joly-Normandin, France, 1896
    • 15. L'homme ivre et le bistrot - Joly-Normandin, France, 1896

    Copyright Memoriav 1997 / Dernière modification: 08/1997